Troisime petit
djeuner-dbat de la srie Į Une autre cole est possible Č
samedi
16/05/09 : Į Parents, enfants, enseignants, langues trangres et
franais : comment crer du(des) lien(s) ? Č
Rencontre lÕcole maternelle de Tourtille dÕune trentaine de personnes de plusieurs coles du XXme (Tourtille, Mnilmontant, Vitruve, Dumas, RamponeauÉ), mais aussi dÕautres arrondissements.
Comme les deux premires fois[1], une cole ouvre ses portes et accueille enseignants et parents pour changer sur les pratiques dÕune cole diffrente en partant du constat selon lequel ni les rformes actuelles, ni le systme ducatif dÕaujourdÕhui ne sont satisfaisants. LÕenjeu est de Į R Čtablir le dbat autour de plusieurs thmes o chacun est acteur.
Le dbat a t prcd d'un extrait vido sur les rformes impactant lÕcole primaire (Philippe MEIRIEU, chercheur en sciences de lÕducation).
Synthse des lments issus des 3 groupes.
Les principales questions qui ressortent des discussions sont : faut-il que les enfants parlent leur langue maternelle la maison ? Comment valoriser la langue et la culture dÕorigine, viter leur rejet par lÕenfant, mais sans non plus tomber dans la caricature folklorique ? Comment faciliter lÕapprentissage du franais pour les non francophones ? Comment aider aussi les parents comprendre lÕcole et apprendre le franais ? Comment inciter lÕentraide entre enfants pour une prise en charge mutuelle des non francophones ?
Par rapport ces
questions, les rponses amenes par les changes sont : oui il est propice
et mme conseill que lÕenfant parle plusieurs langues et donc parle sa langue
maternelle la maison, cÕest une richesse. Pour viter le rejet de la culture
dÕorigine et la valoriser, il faut viter quÕil y ait un foss entre le monde
de la maison et le monde lÕcole, tisser des liens entre les deux, et cela
passe notamment par le samedi matin, par des ateliers de cuisine, la
prparation de fte ou autres projets en commun entre parents, enfants et
instits et ce ds le dbut de lÕanne, des chorales, plus de contacts
quotidiens entre parents et instits en vitant la Į barrire Č de
lÕentre, dvelopper des partenariats entre universits populaires de parents
et IUFM pour mieux prparer les enseignants la ralit de terrainÉ Pour aider
les parents comprendre et apprendre le franais plusieurs ides ont
merg : les enseignants pourraient reprer dans la classe des parents
susceptibles de traduire, de lÕalphabtisation pourrait tre organise de
manire professionnelle sur le lieu de lÕcole. Pour inciter lÕentraide entre
enfants, pas de mystre, il faut cultiver lÕesprit de solidarit. Par ailleurs
il faudrait moins pousser lÕcrit quÕon a tendance le faire, prendre le temps
dÕapprendre aux enfants organiser leurs ides lÕoral, afin de faciliter
lÕexpression crite.
Aprs un tour de table de
prsentation, nous avons voqu les diffrences culturelles, et sommes parvenus
assez rapidement la conclusion qu'il fallait veiller ne pas tomber dans la
caricature stigmatisante aussi bien pour les parents que pour les enfants.
Une participante nous a fait part de son exprience au sein d'une association
de remdiation au sein de laquelle les enfants en difficult scolaire sont accueillis.
Ils font en quelque sorte le lien entre l'cole et les familles.
Les acteurs en dehors de l'cole, s'ils ont leur place, ne sauraient en
revanche remplacer le travail faire au coeur mme de l'cole, et nous
revenons sur l'intrt d'un temps partag entre enseignants, parents et
enfants, idalement le samedi matin (obligatoire auparavant et supprim la
rentre 2008), sous la forme d'ateliers, cuisine notamment. L'avantage de ces
ateliers cuisine serait de faire changer autour d'une pratique universelle :
s'alimenter, et pourrait donc inciter chacun changer sans trop de
difficults linguistiques.
C'est galement bien l'institution scolaire de s'adapter, de former ses
enseignants aux ralits du terrain social au coeur duquel elle se trouve (diversit
des langues et des cultures).
Cela nous ramne donc une problmatique plus large que la seule question de
la diversit linguistique : que fait l'cole pour pallier le dficit de liens
parents/enseignants, son manque d'ouverture ?
Une participante (notez la prdominance de la prsence fminine ce petit
djeuner !) fait part d'un partenariat conclu entre un IUFM (Institut
universitaire de formation des matres, organe de formation initiale et
continue des enseignants menac par les rformes du ministre actuel de
l'ducation nationale) et une Universit populaire de parents. Cette dernire
intervient pour changer sur les ralits sociales auxquelles les futurs
enseignants sont parfois trop peu confronts avant de dbuter.
Ce genre de partenariat permettrait donc d'intgrer ds la formation des
enseignants les relations avec les familles.
Si l'cole maternelle on peut observer de vrais changes, un mur existe en
primaire.
Il y a eu un projet d'cole
bas sur le langage Tourtille, le samedi matin (ateliers d'1/2 h dans des
conditions dtendues et ludiques). Avec la suppression des samedi matin il a
t tent de le replacer dans la demi heure du midi, mais les enfants n'taient
pas disponibles aprs la matine de cours. Cet atelier a donc t abandonn, et
remplac par des jeux le midi.
Il est parfois observ un rejet par l'enfant de la langue maternelle voire de
la culture d'origine, probablement du fait de la dichotomie entre l'cole et la
maison, d'une absence de lien entre ces deux mondes et car cette langue
d'origine n'est pas valorise, est assimile un problme d'intgration (voire
une "menace" de non intgration) ; plusieurs parents prsents l'ont
vcu en tant qu'enfants originaires de pays trangers. Il semble donc
capital d'tablir du lien entre les deux mondes. Pour cela, plusieurs solutions
complmentaires :
-le samedi matin comme temps de rencontre parents/instits
-l'organisation de ftes ou autres vnements (avec possibilit d'aspects
multiculturels valorisant l'origine de chacun mais sans non plus tomber dans la
rduction folklorique) en impliquant parents, enfants, intits dans leur
prparation (ateliers le samedi avec l'autorisation de la mairie...) car ces
temps d'change sont trs riches, et si possible en commenant pas trop tard
dans l'anne (l'idal tant l'automne, cf braderie de Vitruve) afin que le
lien continue de se tisser au long de l'anne
-l'ouverture quotidienne de l'cole aux parents ( l'cole primaire les parents
ne rentrent plus dans l'cole et c'est dommage), avec une rencontre parents
instits dans la cour de rcr par exemple, afin que le contact soit plus
fluide, plus cordial, moins fig, que de petits changes puissent avoir lieu ou
pas au quotidien, sur les aspects positifs ou problmatiques.
Plus de contacts oraux entre instits et parents aideraient les parents moins
attendre des valuations crites pour savoir o en sont les enfants.
La valorisation des langues peut aussi se faire via des chorales multilangues
comme cela a t fait Tourtille autour de la comptine "frre
Jacques" dont les paroles ont t traduites en arabe, en chinois, en une
langue africaine, etc. et chante, avec succs.
Les classes d'initiation "clin" sont faites pour accueillir les non
francophones nouvellement arrivs. Il en existe encore mais leur nombre
diminue, ce qui semble en lien avec la politique actuelle en termes
d'immigration.
Il semble que le problme des enfants de familles non francophones est que la
culture de l'crit est de plus en plus "pousse" (par exemple on veut
apprendre aux enfants de maternelle crire alors que dans d'autres pays comme
en Allemagne on estime qu'il faut attendre qu'ils soient mrs pour cela) au
dtriment de l'oral, alors qu'apprendre bien formuler ses ides l'oral peut
normment aider par la suite progresser l'crit (ex de Vitruve, les
enfants en moyenne savent mieux s'exprimer car il y a souvent des dbat, des
exposs, des runions...).
Concernant l'alphabtisation des parents, plusieurs personnes du groupe ont eu
des expriences en tant que "formateurs " en alphabtisation et
constatent deux problmes : 1)les bnvoles de l'alphabtisation manquent de
mthode, d'outils, de professionnalisme 2)les parents y vont peu car il faut se
dplacer "ailleurs". Il faudrait par consquent que les cours
d'alphabtisation soient un service public bien cadr, organis, mieux outill,
professionnalis (dlivr par des personnes formes)et ait lieu dans l'cole,
accueilli par l'cole.
Enfin, il semble peu pertinent et peu efficace d'imposer aux enfants
francophones de prendre en charge en tant que tuteurs leurs camarades non
francophones (on ne peut pas forcer l'entraide). En revanche, cela peut avoir
lieu de manire spontane (un instit de Vitruve mentionne le cas d'un petit
garon chinois "pris en main" par trois enfants de sa classe). Mais
pour cela il faut dvelopper la culture de solidarit. Or prcisment les
rformes actuelles donnent l'impression de pousser une culture de la
comptition, de la performance, mais surtout pas de l'entraide ou de la
solidarit.
Dans le groupe, 5 parents sont d'origine non francophone. Pour un couple sngalo Ivoirien, la langue commune de la famille, c'est le franais, donc on parle franais la maison. Les enfants connaissent des mots mais ne parlent pas les langues des parents. Pour un papa Egyptien, "Mon enfant va grandir en France, donc sa langue, c'est le franais".
Pour une maman espagnole, "c'est une richesse que ma fille puisse entendre et parler ma langue". Une maman sngalaise dit la mme chose : "je prfre parler ma langue mon enfant, qui comprend les deux langues". Pour un papa Angolais "chez nous on parle Portugais, mais j'aime que mes enfants parlent Franais". Une maman franaise : "La possibilit de parler plusieurs langues au sein de la famille est une formidable richesse exploiter, et que j'envie !"
Hlne explique que le problme est que dans certaines familles, il n'y a pas le choix : certains parents ne peuvent pas parler le franais la maison puisqu'ils ne matrisent pas cette langue. Dominique (instit primaire Tourtille) dit que bien connatre sa langue maternelle est une richesse, et que c'est ce qui est prconis l'cole. On dit qu'un enfant peut trs bien parler deux langues, mais il faut attendre qu'une langue soit installe pour pouvoir passer l'crit.
Le bilinguisme est une richesse qui de plus facilite ensuite l'apprentissage de nouvelles langues. Hlne : le franais de l'cole est la langue de l'apprentissage.
Hlne : beaucoup d'enfants ne parlent pas franais la maison, mais on a remarqu que ce n'est pas forcment cela qui fait obstacle. Les enfants qui apprendront bien le franais sont ceux qui communiquent la maison, quelle que soit la langue utilise. Les enfants qui ont du mal apprendre le franais l'cole sont ceux qui ne communiquent pas la maison.
Question d'Hlne : "Comment les enfants pourraient progresser l'cole en travaillant avec les parents ?" Rponse du groupe : En faisant plus de rencontres. Mais comment faire venir plus de parents ? Ce n'est pas toujours facile de les faire venir ! Il faudrait russir clarifier le contenu de l'cole auprs de toutes les familles.
Question : La traduction des mots aux parents se fait souvent en chinois, mais pas dans les autres langues. Est-ce une erreur ? Hlne : les parents se dbrouillent toujours pour se faire traduire les mots, et c'est peut-tre bien de demander aux parents de faire cet effort
d'aller vers le franais. Dominique : Oui, mais la plupart du temps, les parents ont recours des traducteurs payants. Donc c'est bien que les parents aient accs une traduction propose par l'cole ! Ide : les enseignants pourraient demander aux familles de se fdrer, de s'entraider pour les traductions en reprant, dans chaque classe les parents qui se dbrouillent le mieux en franais.
[1] Le premier petit-djeuner-dbat, organis le 24/01/09 lÕcole Vitruve, a runi 80 personnes pour discuter de la manire dont le collectif enseignants-parents-enfants pouvait participer lÕducation et sur les moyens de le faire natre lÕcole (cf synthse). Le second petit djeuner a eu lieu le 07/03/09 lÕcole Mnilmontant sur le thme de lÕvaluation (quelles valuations constructives pour lÕenfant ?) avec une cinquantaine de participants (cf synthse).