Deuxime petit
dŽjeuner-dŽbat de la sŽrie Ç Une autre Žcole est possible È
samedi 07/03/09 :
Ç (R)Žvolution de l'Žvaluation.
(prop)osons des
co-Žvaluations, des auto-Žvaluations, des Žvaluations constructives, des
Žvaluations valorisantes pour l'enfant...È
Rencontre
ˆ l'Žcole maternelle de MŽnilmontant d'une cinquantaine de personnes de
plusieurs Žcoles du XXme (MŽnilmontant, Vitruve, Lesseps, PyrŽnŽes, Dumas,
Amandier), mais aussi de Bolivar (15me), Voltaire (11me), Emile Lepeu (2me).
Comme la dernire fois1, une Žcole ouvre ses portes et
accueille enseignants et parents pour Žchanger sur les pratiques d'une Žcole
diffŽrente en partant du constat selon lequel ni les rŽformes actuelles, ni le
systme Žducatif d'aujourd'hui ne sont satisfaisants. L'enjeu est de
Ç R ÈŽtablir le dŽbat autour de plusieurs thmes o chacun est
acteur.
La rencontre a commencŽ par un tour de table au
cours duquel les personnes prŽsentes ont exprimŽ au prŽalable un certain nombre
de questionnements. Puis nous nous sommes divisŽs en 3 groupes mixtes (en
termes d'Žcoles d'origine et de statut enseignant/parent) pour discuter enfin
nous nous sommes retrouvŽs pour rendre compte des rŽflexions de chaque groupe.
Celles-ci ont portŽ autour des points suivants.
A
quoi sert l'Žvaluation ?
Qu'attend-on
des Žvaluations2 ? S'agit-il de donner
des points de repres aux parents, d'identifier les richesses et les
amŽliorations possibles de l'enfant ? Ou bien s'agit-il plut™t de trier
les enfants ? S'agit-il d'aider les enfants ˆ progresser ? Il semble
que les Žvaluations mettent plut™t en exergue les aspects nŽgatifs que
positifs, et deviennent frŽquemment des outils de sanction ou de rŽcompense. On
observe actuellement une course ˆ l'Žvaluation, qui par ailleurs se reproduit
dans le monde du travail aujourd'hui. Une Žvaluation peut participer ˆ
l'Žpanouissement de l'enfant quand l'objectif est de permettre une amŽlioration
des compŽtences, notamment basŽe sur l'entraide entre enfants. Par ailleurs
l'Žvaluation a tendance ˆ dŽvaloriser la richesse de l'erreur.
Il
faut peut-tre diffŽrencier le positionnement et l'Žvaluation, le premier Žtant
l'occasion de se positionner dans ses progrs, son savoir, le second, par
rapport ˆ des savoirs ˆ acquŽrir.
Il
faut donc bien rŽflŽchir aux objectifs rŽels d'une Žvaluation.
Comment l'Žvaluation est-elle transmise
aux parents ?
L'Žvaluation
dans sa forme classique (notes, livretsÉ) est perue comme une fuite
devant la communication, une manire pour les enseignants de ne pas parler
directement, avec des mots, aux parents de leur enfant. Il arrive que les
Žvaluations soient maladroitement communiquŽes aux parents au point d'tre
traumatisantes car stigmatisant l'enfant, lui fermant toute possibilitŽ
d'Žvolution. Il appara”t qu'un bilan rŽdigŽ stigmatise dŽjˆ moins que des
notes. Il y a donc des marges de progrs en termes de transmission des
Žvaluations aux enfants et aux parents.
Quels sont les critres de
l'Žvaluation ?
Une Žvaluation nŽcessite d'Žtablir des critres
prŽcis et intelligibles. Il est de coutume, et plus facile, d'Žtablir des
critres quantitatifs et facilement vŽrifiables : connaissance des tables de
multiplications, ma”trise d'une conjugaison, nombre de fautes dans une dictŽeÉ,
plut™t que de mesurer des savoirs-vivre : r™le dans le groupe, rapport ˆ la
citoyennetŽ, ou encore que de valoriser l'implication dans l'apprentissage, le
plaisir d'apprendre.
De manire gŽnŽrale, les critres d'Žvaluation
doivent tre compris par tous, notamment les parents et les enfants, ce qui est
loin d'tre toujours le cas.
Des
Žvaluations cohŽrentes ˆ quelle Žchelle ?
S'il
semble intŽressant de mener des Žvaluations cohŽrentes dans une mme Žcole, en
revanche ˆ l'Žchelle nationale il semble vain de vouloir comparer les enfants
et les Žcoles sur la base d'une simple Žvaluation unique, car elle sera menŽe
de manire diffŽrente dans chaque Žcole et probablement inadaptŽe ˆ la
singularitŽ des Žcoles en termes de critres.
Quelle
forme vaut-il mieux donner ˆ l'Žvaluation pour qu'elle soit au service de
l'enfant ?
Les
notes n'ont aucun intŽrt selon l'opinion des parents, et sont plus
dŽvastatrices que constructrices. Elles ont tendance ˆ inciter ˆ la compŽtition
entre enfants et ˆ figer les enfants dans des r™les de Ç bons È ou de
Ç mauvais È. Les apprŽciations ne sont intŽressantes que si elles
sont accompagnŽes de commentaires si possible oraux. La notion de progression
est un ŽlŽment intŽressant dans le suivi de l'enfant. Le livret a un
effet dŽvastateur si celui-ci n'est pas partagŽ et commentŽ entre enseignants
et parents. L'estime de soi peut tre attaquŽe par l'Žvaluation classique.
On
a tendance ˆ reproduire le systme des notes car on en vient (course ˆ la
fŽlicitation). L'incapacitŽ ˆ changer reflte celui d'une sociŽtŽ incapable de
changer son systme d'Žducation.
Le
systme de l'auto-Žvaluation trimestrielle sans note pratiquŽ ˆ Vitruve et dans
d'autres Žcoles et discutŽ entre l'instit et l'enfant permet ˆ chacun y compris
l'enfant de situer celui-ci dans son apprentissage. Il s'agit d'un systme
donnant lieu ˆ une Žvaluation croisŽe de l'enfant et de l'instit, sur papier,
transmise aux parents par l'enfant. Parents et instit peuvent se rencontrer
pour en discuter. Il n'y a pas de notes, ni de lettres, ni de bonhommes
souriant ou f‰chŽs mais, par rapport ˆ chaque critre (adaptŽ ˆ la classe) des
cases Ç oui È, Ç un peu È ou Ç non È. Ces
Žvaluations portent ˆ la fois sur des savoirs, sur des savoirs-faire et sur des
savoir tre individuels mais aussi collectifs, l'un n'allant pas sans l'autre.
Certains items permettent de valoriser l'investissement dans le travail (un
enfant en facilitŽ peut aussi ne pas s'investir dans son travail). La logique
de ce systme est de considŽrer l'enfant comme acteur de sa vie.
Au
final, l'Žvaluation est considŽrŽe comme utile, non pas en tant qu'outil de tri
mais en tant qu'outil de progrs et d'accompagnement. Elle devrait nŽanmoins
tre partagŽe entre les diffŽrentes parties (enfants, parents, instits, classe)
et si possible cohŽrente dans une mme Žcole. Elle ne devrait pas trop prendre
sur le temps dŽdiŽ aux enfants et ne pas donner lieu ˆ des notes. Elle devrait
plus porter sur le qualitatif que sur le quantitatif.